René Verney fait partie en 1914 des 8 995 médecins mobilisés mis à disposition du service de santé de l’armée10. Intégré au sein de l’Etat-Major du 3e groupe du 43e RAC, il appartient au service de santé de la 5e division. Il porte au col l’insigne du service de santé et sur les manches les deux barrettes or permettant l’identification de son grade d’officier. Il ne semble pas avoir adopté le casque arborant l’insigne du service de santé, mais celui portant l’insigne de l’arme au sein de laquelle il exerce ses fonctions.

Le 14 mars 1918 par ordre du Général commandant la 4e armée le Médecin Aide-Major 1ère classe Verney et est affecté au 74e RI. Il est remplacé au 43e RAC par le Médecin Aide-Major 2e classe Jean Lafforgue venu de l’ambulance 5/3.

Le service de santé répond à une organisation hiérarchique très structurée, les services de santé régimentaires dépendant du service de santé divisionnaire, avec des missions propres et des moyens d’action déterminés 11. Le service de santé de la 5e DI est placé sous le commandement de :

-Médecin-principal 2e classe Armynot du Châtelet (2 août 1914 – 26 février 1918) avec intérim du Médecin-major de 1ère classe Julien (6 novembre – 6 décembre 1916)

-Médecin-major 1ère classe Vialet  (à compter du 26 février 1918) avec  intérim du Médecin-major de 1ère classe Julien (10 mars 1918 – 3 mai 1918).

Chaque régiment d’artillerie dispose pour chaque groupe de batteries d’un service médical composé d’un médecin chef de service encadrant théoriquement une vingtaine d’hommes :

Etat-major du groupe : 1 médecin, chef du service médical du groupe, 1 médecin auxiliaire, 1 brigadier brancardier et 1 brigadier infirmier, 1 conducteur de voiture médicale

Au sein de chaque batterie montée (3 par groupe) : 1 infirmier et 4 brancardiers

Par application des dispositions de la convention de Genève du 6 juillet 1906, ce personnel est neutralisé et porte le brassard international. Il ne peut être désigné pour le remplacement du personnel manquant dans les batteries de tir.

Nous ne pouvons pas à partir des documents consultés dresser la liste exhaustive du personnel médical du 3e groupe du 43e RAC. Les photographies de l’album permettent néanmoins d’identifier certains de ses membres.

Album R. Verney p.004 gauche haut

Bois de Gernicourt (Aisne), hiver 1914-1915. De g. à dr. infirmiers Deschamps, Harel, Jean (p. 4)

Album R. Verney p.032 droite haut

Bois de Gernicourt (Aisne) mars 1915. Infirmiers du 3e groupe, de g. à dr. Donnelay, Jubert, Jean, Harel, Deschamps (p. 32)

Album R. Verney p.047 gauche haut

Ferme de Longvoisin à Ventelay (Marne) janvier-mai 1915.

De g. à dr. Méd.aux Neyreneuf, brancardiers Boutron,et Vautier, au sol 2e cl. Pinel (p. 47)

Album R. Verney p.077 haut gauche

              Neuville-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), Chemin des pylônes Juillet-octobre 1915.

Poste de secours du 3e groupe, de g. à d. Clépoint, Delamotte, Renée (p. 77)

Album R. Verney p.133 droite

Fleury-devant-Douaumont (Meuse), avril 1916. Service médical du 3e groupe et poste de secours.

De g. à dr. Med. Aux. Neyreneuf, Delamotte, Deschamps, Bourdet, Dupont, Beaumont, Besnard, Corrigeux, brig. Vautier (p. 133)

Album R. Verney p.142 gauche

 Mouilly (Meuse), bois de l’hôpital Saint-Hyppolite, été 1916. Construction du poste de secours de la 7e batterie.

De g. à dr  Basnel, Vautier,Besnard, Dallemagne,Duboc, Renée (p. 142)                        

Album R. Verney p.142 droite

Mouilly (Meuse), bois de l’hôpital Saint-Hyppolite, été 1916, poste de secours de l’échelon.

De g. à dr. Deschamps, Jean, Neyreneuf, Dupont et le chien Négro (p. 8 et 142)

Album R. Verney p.175 droite bas

 Soupir (Aisne), juin 1917. Brancardier du 3e gr. du 43e RAC.

A gauche Sarrazin et Dallemagne, à droite Corrigeux et Barbaray p. 175

René Verney en tant que médecin chargé du service de santé du 3e groupe du 43e RAC a pour fonction, sur les zones de combat, l’organisation des places de pansement pour les premières urgences, des refuges pour blessés et des postes de secours permettant d’assurer les premiers soins et la sécurité des blessés avant leur évacuation par les brancardiers divisionnaires. Lors de la prise de position, en l’absence de tels dispositifs, la construction des postes de secours fait partie des missions de l’équipe médicale.

Les données relatives aux blessés lors des combats sont éparses et différentes suivant les sources, allant d’un simple décompte mensuel des blessés évacués (JMO service de santé divisionnaire), jusqu’au recensement nominatif avec parfois nature, localisation et niveau de gravité des blessures (JMO du groupe et des batteries). Aussi, c’est à partir de ces dernières sources que nous avons établi les listes des tués et des blessés du 3e groupe du 43e RAC, nous permettant de mieux cerner l’activité de premiers secours de René Verney.

Parallèlement il est le médecin traitant des 500 à 600 hommes constituant la formation au sein de laquelle il est placé (état-major, batteries, échelons). Par des consultations quotidiennes, ses soins et prescriptions, il est le garant de leur état de santé. Il vérifie l’aptitude des hommes à exercer leurs fonctions, définissant les cas d’indisponibilité temporaire et les évacuations jugées nécessaires vers les ambulances du service médical divisionnaire.

Les JMO du service médical divisionnaire (26N270/11-21) sont la seule source offrant quelque  information sur l’activité médicale de René Verney. Les relevés des indisponibles et évacués des corps de troupe effectués sous forme de tableaux de synthèse mensuels, les tableaux d’état mensuels des maladies ordinaires et maladies contagieuses, sont les éléments les plus significatifs dont nous avons tiré parti.

Relevé médical1

JMO Service de santé divisionnaire 5e DI : Mémoire des hommes (SHD) 26N270/11

Exemples de tableaux de relevés mensuels (octobre 1914)

Le médecin responsable d’un service de santé régimentaire a également pour mission sous le commandement du Médecin divisionnaire, l’organisation des mesures à prendre pour l’hygiène des cantonnements, la prophylaxie des maladies contagieuses et épidémiques, la gestion des conséquences des intempéries, la surveillance des eaux, le contrôle des denrées alimentaires. Il a également la charge de la lutte contre les gaz asphyxiants (formation du personnel, contrôle de l’entretien des équipements). Une nouvelle fois, les JMO du Service de santé divisionnaire permettent de mieux cerner les conditions particulières auxquelles René Verney est confronté.

La partie introductive de chaque étape de la restitution du journal de marche de René Verney présente, à partir des éléments recueillis dans ces sources, une synthèse de son activité médicale et donc de l'état sanitaire des hommes dont il a eu la charge.

 

Notes et sources

10 -Alain LARCAN et Jean-Jacques FERRANDIS Le Service de santé aux armées pendant la première guerre mondiale, Paris, LBM 2008. Christine DEBUE-BARAZER, Sébastien PERROLAT  1914-18 : guerre, chirurgie, image. Le Service de Santé et ses représentations dans la société militaire. Sociétés & Représentations 2008/1 (n° 25) Pages 233 – 253 ; Vincent VIET La santé en guerre 1914-1918. Une politique pionnière en univers incertain. Paris, SiencesPo. Les Presses 2015.

11 - TOUSSAINT Médecin inspecteur La Direction du service de santé en campagne. Paris, Henri-Charles Lavauzelle ed. 1916 (6e ed.) ; OBELLIANNE et SOGNET L’exécution du service de santé en campagne. Nancy 1914 (1ère ed.) p.13-26 et Paris, H. Charles-Lavauzelle, 1916 (2e ed.) p. 15-28 ; Manuel du gradé de l’artillerie de campagne à l’usage des sous-officiers, brigadiers et élèves brigadiers, des élèves officiers de réserve et des candidats à l’école militaire d’artillerie. Paris, Henri-Charles Lavauzelle ed. 1915