A. Verney

 

Introduction à la restitution du journal de marche de René Verney

XI

Offensive sur l’Aisne, Sissonne (9 septembre – 11 novembre 1918)

 

 

 

Cette campagne sur le front de l’Aisne est la troisième montée en ligne de René Verney dans la zone du front comprise entre Soisson et Reims. Elle se déroule dans un secteur intermédiaire entre les positions tenues par le 43e RAC du 11 décembre 1914 au 15 mai 1915 à Gernicourt et Roucy (cf. II Front de l’Aisne) et celles occupées du 2 avril au 30 août 1917 dans le secteur compris entre Brenelle et  Jumigny (cf. VII Chemin des Dames).

Décisive, cette ultime campagne s’inscrit dans la continuité de l’offensive menée dans l’Oise dès le 6 août marquant la reprise de la guerre de mouvement. Elle est parallèlement caractérisée par l’arrêt des prises de vues. Ainsi cette campagne n’est illustrée que par 2 clichés (p. 126-127), qui clôturent brutalement son Album de la guerre européenne.

Les deux photographies sont prises durant le mois de septembre 1818, la première au moment de l’arrivée du régiment à Chézy-sur-Marne (Aisne) le 9 septembre, la seconde prise à Dhuizel (Aisne) au cours de sa montée en ligne le 16 septembre dans le sous-secteur de Vauxtin (Aisne). Les pertes enregistrées au cours de cette première phase de six jours marquée par la stabilité des positions est de 2 tués et 3 blessés.

Après une période de repos d’une semaine en cantonnement, le régiment se dirige le 30 septembre au nord de Courlandon pour forcer le passage sur l’Aisne entre Maizy et Concevreux. Une première tentative le 30 septembre échoue et fait de lourdes pertes : 30 tués, 80 blessés, 5 intoxiqués et 4 disparus. Le 1er octobre le canal de l’Aisne est néanmoins bordé, le 3 des passerelles sont lancées sur le canal, le 10 l’Aisne est franchie. Dès lors, le 24e RI appuyé à sa droite par le 28e et à sa gauche par le 320e, progresse rapidement parcourant en cinq jours les 25 km séparant Cuiry-les-Chaudardes, nettoyée le 11 octobre, de Sissonne atteinte le 14 octobre. Les pertes enregistrées sont, au cours de l’avancée de 3 tués, 41 blessés, 3 intoxiqués et 1 disparu.

L’offensive est alors stoppée sur le village de Sissonne, où le régiment reste près de trois semaines face à la « Hunding stellung », ligne de défense fortifiée ennemie doublant la ligne Hindenburg.  Les combats de Sissonne constituent le dernier engagement du 24e RI face à l’ennemi et provoquent ses ultimes pertes au feu, mais celles-ci sont imparfaitement documentées. Si les 14 et 15 octobre sont dénombrés 13 tués, 37 blessés et 2 disparus, l’état des pertes n’est plus dressé dans le JMO régimentaire à partir du 16 malgré l’intensité des combats.

Les pertes de cette campagne est une nouvelle fois sous-estimée par le JMO du service de santé. D’après ce dernier l’état des pertes serait pour l’ensemble du mois de septembre de 4 tués et 73 blessés alors qu’elles sont de 32 tués et 88 blessés d’après le JMO régimentaire. Pour l’ensemble du mois d’octobre n’y sont enregistrés qu’un seul tué et 223 blessés alors que le JMO régimentaire fait état de 16 tués et 88 blessés pour la seule première quinzaine du mois.

Le 4 novembre, le régiment se retire du front pour une semaine, placé en repos tout d’abord à Saint-Erme-Outre-et-Ramecourt (Aisne) puis à Renneville et Fraillicourt (Ardennes), les bataillons étant alors occupés à la réfection des routes.

Le 11 novembre le régiment fait mouvement à partir de 5h pour cantonner au sud du camp de Sissonne (Aisne), en vue de reprendre sa place en première ligne. Bien qu’aucune mention ne fasse état de l’arrêt des hostilités dans le JMO régimentaire, le 24e RI cesse ici le combat. Le repli est en effet entamé dès le lendemain, le régiment défilant à 10h devant le général de la 6e Division à Juvincourt-et-Damary (Aisne).

Si l’état des pertes est mal cerné pour cette dernière phase du conflit, il en va de même de l’état sanitaire du corps de troupe. Nous ne disposons pour les mois de septembre, octobre et novembre que d’informations très lacunaires.

En raison de la reprise de la guerre de mouvement et ce, comme dans la période précédente, les médecins régimentaires semblent dans l’impossibilité de transmettre quotidiennement les données. Ainsi le médecin chef du service de santé divisionnaire note-t-il dans son JMO à la date du 20 octobre :

« Réclamé à nouveau aux médecins des régiments les renseignements nécessaires pour le message quotidien pour la DSS en ajoutant les indisponibles et évacués pour grippe. Aucune réponse. »

Ainsi les derniers relevés mensuels ne dressent-il qu’un état global des « malades et blessés accidentels » sans plus de précision, pour le 24e RI les décomptent faisant état pour le mois de septembre de 119 hommes de troupe et 4 officiers, pour le mois d’octobre de 165 hommes et 4 officiés, et pour le mois de novembre 115 hommes de troupe. Une liste nominative des officiers malades, blessés et tués complète chacun de ces relevés.

Les états journaliers des évacués sont également très synthétiques, répartissant les hommes en trois catégories : malades , blessés et hypérités sans que soit offert de détail sur leur origine régimentaire , le dernier état dressé, en date du 10 novembre ayant un caractère particulièrement laconique : « Evacués du 9 : 24 malades, assis et couchés. ». Il s’agit des ultimes données sanitaires relatives aux hommes de la 6e division d’infanterie. Durant la période de retrait du front qui s’engage alors, les informations livrées par le JMO du service de santé divisionnaire se limitent désormais presque exclusivement aux mouvements opérés.


 

voir la suite :

Le Journal de marche illustré HD