A. Verney

Restitution du journal de marche de René Verney

médecin aide-major au 43e RAC, 3e groupe

d'après les JMO régimentaires et illustré des clichés originaux de son album

 

 

Accompagnée du carnet de route de Robert Tronsson,

brigadier au 43e RAC, 3e groupe, 9e batterie

 

 

I

Mobilisation, Campagne de Belgique, Retraite et Bataille de la Marne

(1er août – 12 septembre 1914)

 

Mobilisation, Campagne de Belgique (1er août – 24 août)

-2 août 1914 R. Verney arrive au corps du 43e régiment d’artillerie de campagne (RAC), caserne Claude Decaen, quartier de Vaucelles à Caen, cantonnement à peine achevé lorsqu’il accueille, à partir d’avril 1914, le  43e RAC en provenance de Rouen (voir Le 43e RAC 1911-1914 : de Rouen à Caen)

Carnet de route de R. Tronsson brigadier, 43e RAC, 3e groupe, 9e batterie

«Samedi 1er août 1914 - 16 heures Vive effervescence dans la cour du quartier Decaen et dans la ville de Caen. L’ordre de mobilisation arrive à 16 heures et est placardé. Nous faisons nos préparatifs de départ, mon père vient me voir au quartier Saint-Louis nous mangeons ensemble à la cantine. Nous passons la nuit sur nos paillasses sans draps.

Dimanche 2 août 1er jour de la mobilisation - Réveil à 4 heures nous quittons le quartier Saint-Louis et montons à Decaen, déménagement des écuries, de la sellerie et du magasin d’habillement dans les voitures de réquisition. A 11 heures nous partons et arrivons au cantonnement de Mondeville à 12 heures. Le restant de la journée est entièrement passé à notre installation dans la propriété de M. Lecomte à Mondeville. Nous couchons dans un grenier sur des bottes de pailles.

Lundi 3 août 2ème jour - Continuation de notre mobilisation, réquisition des chevaux sur le cours Sadi-Carnot, Polygone de Cormelles[-le-Royal]. Nous passons la nuit dans le même grenier.

Mardi 4 août 3ème jour - Suite de la réquisition des chevaux à Caen et à Cormelles[-le-Royal]. Mon père et ma mère viennent me voir en voiture et nous soupons ensemble après quoi nous nous quittons. Nous passons la nuit dans le même grenier.

Mercredi 5 août 4ème jour - Continuation des réquisitions et affectation des chevaux aux différentes pièces. Etant 2ème CC et ayant été envoyé au Quartier Decaen conduire un cheval, le Capitaine Berntzwiller** m’annonce ma nomination au grade de brigadier, je prends possession de mon poste en remplacement du brigadier Martin à la 2ème pièce sous le commandement du maréchal des logis Jus. Martin passé maréchal des logis me passe sa veste galonnée de brigadier. Le cheval Fréaud m’est affecté et je passe mon attelage à 2 [chevaux] (« Fout-l’y donc » et « Iceberg ») au 2ème CC réserv. Erousse. Nous passons la nuit dans le même grenier.

Jeudi 6 août 5ème jour - Notre organisation est à peu près terminée pour la première fois je prends la garde comme brigadier avec le maréchal des logis Jus comme chef de poste. Quelques rondes sont faites pendant la nuit et nous arrivons au vendredi 7 août.

-7 août, le 3e groupe auquel appartient R. Verney est mis en route par voie ferrée (16 officiers, 525 sous-officiers et canonniers, 518 chevaux) en trois trains au départ de Caen. R. Verney embarque dans le premier convoi avec l’état major à 2h29.

Le transport se poursuit sur la ligne H qui concerne le 3e corps d'armée, avec pour destination la région de Rethel via Mantes, Pontoise, Creil, Compiègne, Soissons, Laon (gare régulatrice) et Reims.

Carnet de route de R. Tronsson brigadier, 43e RAC, 3e groupe, 9e batterie

« Vendredi  7 août 6ème jour - Devant embarquer à 8 heures nous faisons tous nos préparatifs de départ, nous quittons le cantonnement à 7 heures 30 sous une pluie battante et passant par Mondeville, Clopée, la rive droite de l’Orne. Nous arrivons à notre quai d’embarquement où un train nous attendait. Malgré la pluie battante, l’embarquement s’effectue dans les meilleures conditions possibles et à 10 heures nous démarrons emportant un repas froid pour notre repas. Tout le long du parcours ovations de toute la population. A Mézidon [Calvados] nous arrêtons quelques instants où nous achetons quelques bouteilles de vin. Détail particulier : nous étions embarqués dans un wagon allemand. Nous arrêtons de nouveau quelques instants à Lisieux [Calvados] et reprenons notre marche jusqu’à Evreux [Eure] où nous touchons du pain et du singe pour notre repas du soir. Nouvel arrêt à Mantes où nous trouvons une batterie du 7ème d’artillerie de Rennes. La nuit tombe, nous passons aux Mureaux [Yvelines] où un accueil chaleureux nous est offert par toute la population du pays, nous donnant au passage : fleurs, bonbons, vin, cigarettes etc… Bifurquant à Argenteuil [Val-d’Oise], nous filons sur Creil [Oise] où nous arrêtons. Distribution de café et d’eau alcoolisée il est environ 22 heures. Reprenant notre marche, nous arrêtons à nouveau à Soissons [Aisne], même distribution de café. Il est environs 24 heures, nous entrons donc dans la journée du [Samedi 8 août]. »

-8  août à 3h00 débarquement à Poix-Terron (Ardennes). Le 3e groupe se rassemble à Villers-Le-Tourneur (Ardennes) et y séjourne également le 9.

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« Samedi 8 août 7ème jour - Continuant notre marche nous arrêtons de nouveau à Laon (Aisne). Après quelques instants d’arrêt, nous repartons sur Reims où nous passons sans arrêt à 6 heures du matin environ. Bifurquant à l’arrivée sur Reims, nous prenons la ligne de Mézières nous passons à Rethel, arrêt à Amagne-Lucquy [gare d’Amagne à Lucquy] (Ardennes) où nous prenons une petite ligne nous conduisant au quai de débarquement de Wasigny-la-Neuville [La Neuville-lès-Wassigny] (Ardennes) il est environ 9 heures. Le débarquement s’effectue dans les meilleures conditions possibles, à  l’exception du CC Sautreuil qui reçoit un coup de pied de la jument « Madeleine » d’où indisponibilité et le canonnier non monté Millon doit monter à sa place. Le débarquement terminé, nous passons dans le bourg de Wasigny. Arrêt, on nous distribue du pain et du singe pour notre repas du matin, il est environ 11 heures. Repartant, nous arrivons à Villers-le-Tourneur (Ardennes) à 14 heures, nous y installons notre cantonnement près d’une fontaine boueuse. Nous couchons dans une grange. »

Dimanche 9 août 8ème jour - Nous passons la journée à Villers-le-Tourneur et couchons dans la même grange. »

-10 août départ pour Montigny-sur-Vence où le 3e groupe séjourne jusqu’au 12 : période d’exercice de campagne le matin et revues d’instruction l’après-midi.

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« Lundi 10 août 9ème jour  - Nous passons la journée à Villers-le-Tourneur et couchons dans la même grange.

Mardi 11 août 10ème jour - Nous quittons Villers-le-Tourneur à 6 heures du matin et faisons route sur Montigny-sur-Vence (Ardennes) où nous arrivons à 11 heures. Nous formons le parc dans un grand pré, près d’un bois de peupliers et cantonnons dans une ferme habitée. Nous couchons dans une grange.

Mercredi 12 août 11ème jour - Après une sortie en dehors du pays, nous formons le parc le long de la route de Mézières pour être défilé des aéroplanes. Nous couchons dans  la même grange. »

-13 août cantonnement à Guignigourt-sur-Vence (Ardennes) qui se poursuit le 14.

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« Jeudi 13 août 12ème jour - Nous quittons Montigny-sur-Vence à 6 heures du matin pour arriver à Guignicourt-sur-Vence (Ardennes) à 8 heures, nous formons le parc dans la grande allée du château et cantonnons dans un pré au-dessus de cette allée. Nous couchons dans un local dans l’intérieur du village.

Vendredi  14 août 13ème jour - Nous faisons une sortie sur la route de Mézières et rentrons à nouveau vers 10 heures. Nous couchons dans le même local que la vielle. »

-15 août cantonnement à Warnécourt, le 16 à Chilly (Ardennes), le 17 à Villers-la-Tour (Belgique), le 18 à Fourbechies (Belgique).

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« Samedi 15 août 14ème jour - Nous faisons une sortie dans la campagne et rentrons au cantonnement à 10 heures 1/2. A 12 heures ordre de repartir, nous attelons et après une longue attente, nous quittons Guignicourt-sur-Vence. Il est 16 heures, l’orage gronde et la pluie et le vent nous assaillent sur tout notre parcours, nous arrivons à 20 heures à Warnécourt (Ardennes). Nous formons le parc dans une grande cour plantée de pommiers. Trempés comme des soupes, nous prenons un repas bien mérité dans une grange.

Dimanche 16 août 15ème jour - Ordre de partir de Warnécourt à 4 heures du matin. Nous partons et après avoir mangé un repas froid sur route, nous arrivons à Chilly (Ardennes) vers 15 heures. Nous formons le parc dans un champ et les écuries à côté d’un ruisseau près d’un pont. Nous couchons dans une grange.

Lundi 17 août 16ème jour - Nous quittons Chilly à 5 heures du matin et allons gagner la grande route de Mézières à Hirson où nous rejoignons tous les groupes du 43ème d’Artillerie et tout le 11ème, ainsi que plusieurs régiments d’infanterie. Nous faisons une halte en quittant la grande route et continuons notre marche vers la Belgique. Arrivés à la Neuville-aux-Joûtes, à 6 kilomètres de la frontière, nous faisons la grand halte vers 11 heures où nous trouvons facilement à nous ravitailler. Nous repartons à 11h30 et après avoir décoré tous nos chevaux et notre matériel nous entrons en territoire belge, il est 12h30. Continuant notre route, nous recevons sur tout le parcours un accueil chaleureux du peuple belge nous voyant arriver en libérateurs. A 15h30 nous arrivons à Villers-la-Tour [Chimay] (Hainaut). Nous formons le parc dans un pré, les écuries dans un autre pré et nous couchons dans une grange à proximité des écuries.

Mardi 18 août 1914 17ème jour - Nous quittons Villers-la-Tour à 5 heures du matin, nous gagnons la grande route, traversant la forêt, nous passons à Rance où nous faisons un petit arrêt. Toujours un chaleureux accueil de la part de toute la population belge. Nous faisons la grand halte un peu plus loin et à 14 heures nous arrivons à Fourbechies (Hainaut). Nous formons le parc dans un pré à côté d’un ruisseau, les écuries de l’autre côté du chemin et nous cantonnons à côté d’un monastère dans une grange immense. »

-19 et 20 août le 3e groupe se rend à Somzée puis Gerpinnes (Belgique).

CP Gerpinnes

 Carte postale du château de Gerpinnes (Belgique) p.4

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« Mercredi 19 août 1914 18ème jour - A 6 heures nous quittons Fourbechies, nous passons à Boussu-lez-Walcourt où, après avoir pris la grande route, nous la quittons pour filer sur Walcourt. A Boussu-lez-Walcourt, accueil toujours très chaleureux, nous traversons Walcourt pays très pittoresque et très commerçant, toujours le même accueil, distribution à tous de chocolat, bonbons, bière, tabac, cigares, cigarettes, allumettes, pain, beurre, confitures etc…  sans compter la profusion de boissons hygiéniques, café, grenadine, coco etc… Après avoir traversé Walcourt, nous faisons la grand halte sur le plateau près d’un champ de trèfle, nous mangeons notre repas froid. Continuant notre route, nous faisons étape à Somzée (Hainaut) où nous arrivons à 16 heures. Nous formons le parc et les écuries dans une grande cour plantée de pommiers et cantonnons dans une grange.

Jeudi 20 août 1914 19ème jour - Nous quittons Somzée à 6 heures du matin, continuant notre marche. Nous voyons un ballon dirigeable sur notre aile gauche. A 9 heures, nous arrivons à Gerpinnes (Hainaut), nous formons le parc et les écuries dans un grand parc dans le haut de la ville. Nous profitons de l’état commerçant du pays pour y faire différentes emplettes. Nos cuisines sont installées dans la cour d’un pensionnat tenu par des sœurs qui nous font un charmant accueil. Nous couchons dans une grange derrière l’Hôtel de ville de Gerpinnes. »

-21 août reconnaissance de positions à Bouffioulx et Chamborgneaux (Belgique) et surveillance des positions de l’artillerie ennemie signalée sur les hauteurs de la rive gauche de la Sambre. Prise de position sur la croupeau Nord de Chamborgneaux. Le soir cantonnement à Joncret (Belgique).

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« Vendredi 21 août  20ème jour - Réveil le matin à 5 heures. Après avoir attendu, à 10 heures l’ordre de repartir arrive. Pour la 1ère fois nous prenons les dispositions de combat. Le canon gronde au loin et pour la 1ère fois nous sommes survolés par un aéro allemand. Nous passons à côté de la gare d’Acoz, nous longeons aussi les fonderies et hauts-fourneaux d’Acoz, nous apercevons les immenses massifs de scories de la vallée de la Sambre. Un peu après Acoz les officiers du 3ème groupe vont reconnaître un emplacement de batterie. Nous mangeons notre repas froid. Pendant cette attente, nous repartons, faisant une courte halte dans Bouffioulx. Nous nous ravitaillons et allons nous mettre en batterie entre Bouffioulx et Charleroi. Nous restons tout l’après-midi sans tirer et le soir nous assistons à l’incendie de Châtelet par les Allemands. A 19 heures, nous accrochons les arrière-trains et allons cantonner à Joncret (Hainaut). Nous formons le parc dans une cour plantée, les écuries dans un champ près d’une meule, nous mangeons et allons nous coucher dans une grange, il est 23 heures 1/2. »

-22 août 4h reprise des positions de la veille. 7h repli. L’ennemi ayant passé la Sambre, est à Bouffioulx. 14h premier combat,  le 3e groupe mis à disposition du 39e régiment d’infanterie, arrête une offensive allemande venue du Chatelet à la cote 370. Contre-attaque venue de Roselies, retraite vers Joncret puis Hanzinelle (Belgique).

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« Samedi 22 août 1914 21ème jour - Réveil à 3 heures. Nous quittons Joncret à 4 heures dans la nuit noire, nous faisons route sur Bouffioulx où nous allons remettre en batterie à la position de la veille. Il est 4h½ , nous ne tirons pas mais notre position devenant critique et étant menacés d’un encerclement, nous devons partir en toute hâte pour échapper au tir d’artillerie ennemi. Retraversant Bouffioulx, nous fuyons. En passant dans un étroit chemin,  nous nous retrouvons aux environs d’Acoz. Nous revenons derrière Bouffioulx et venons nous mettre en batterie dans un bois rocailleux, où devant passer derrière les pièces de la 7ème batterie tirant à cet instant, nous éprouvons beaucoup de difficultés pour y amener les pièces, les avant-trains vont se placer à droite de la batterie dans un champ libre et défile : Notre batterie pour la 1ère fois ouvre le feu sur Châtelet et à découvert. Aussi la réplique ne tarda pas à arriver, heureusement que ce n’était que du 77. Quoiqu’éclatant au-dessus de la batterie, le feu de l’artillerie allemande ne fit rien sur la batterie et après 20 minutes de bombardement, nous accrochions les arrière-trains toujours avec une grande difficulté. Après avoir fait plusieurs contremarches, nous allons prendre quelques instants de repos dans un petit bois un peu en arrière. Une section devant aller remettre en batterie, les 1ère et 2ème pièces partent et vont remettre en batterie à l’emplacement précédent. Après avoir resté 10 minutes en position sans avoir tiré, on raccroche les arrière-trains et toute la batterie repart de nouveau. Nous revenons un peu en arrière et allons nous mettre en batterie dans un champ couverts de pommiers. Nous ne tirons pas, on repart. La journée tire à sa fin et après plusieurs contremarches, nous arrivons à Hanzinelle (Hainaut) où nous stationnons voitures attelées sur la place du village, il est 21 heures 30. Le temps de donner l’avoine et de manger, nous nous couchons sur de la paille et pour la 1ère fois à la belle étoile derrière nos pièces. Après avoir dormi pendant 1h½ nous remontons à cheval et nous partons sur Morialmé, il est 23h½ notre marche continue. »

- 23 août dans la matinée après voir recherché des positions à Thy-le-Bauduin, le 3e groupe s’implante vers 11h15 à Hanzinelle pour surveiller Hanzine, Villers-Poterie et Gerpinnes. Les batteries essuient le feu de l’ennemi (7 blessés lt. Blot, brig. Beauvais, 2e Cc Lerebourg et Hoillon, trompette Pichard, 2e Cs Fontaine et Quaindry) et tient sa position jusqu’à l’aube du 24 août protégé par deux compagnies de tirailleurs algériens.

Carnet de route de R. Tronsson brigadier, 43e RAC, 3e groupe, 9e batterie

« Dimanche 23 août 1914 22ème jour - Après avoir passé Morialmé (Hainaut) nous faisons demi-tour, il est 2 heures du matin. Nous revenons à Hanzinelle et après avoir marché un peu dans toutes les directions, nous venons nous mettre en batterie en avant de Hanzinelle entre la 7ème et la 8ème batterie. Le Maréchal des logis Lafeuille nous lit l’ordre du Q.G. de la 5ème division disant : « La place forte d’Hanzinelle défendue par la 5ème division renforcée par les Bataillons de tirailleurs algériens et différentes autres unités devra soutenir l’attaque de l’ennemi et se défendre jusqu’à la dernière extrémité ». Nous ouvrons donc le feu, mais au bout de peu de temps, ayant été repéré par les avions, nous sommes l’objet d’un bombardement méthodique par l’artillerie de campagne de 77 et les obusiers de 150. Les coups courts et longs n’occasionnent dans la batterie que quelques blessures sans gravité, notamment le lieutenant Blot blessé au bras, dut passer la nuit au poste de secours et le canonnier Quindry dut être évacué dans la nuit. Ayant passé la nuit en position de batterie, nous fûmes l’objet d’un repérage de nuit par nos ennemis qui faisaient usage de puissants projecteurs. Nous entrons dans la journée du : [lundi 24 août]. »

-24 août 4h30 les 3 batteries sont prises sous le feu de l’ennemi provoquant de lourdes pertes (cf. annexe : 7 tués, 29 blessés, dont un mort des suite de ses blessures ; 6 disparus et perte de 64 chevaux), repli en désordre avec abandon du matériel par les villages d’Yves-Gomezée, Daussois, Silenrieux, Barbençon, Renlies et Sautin (Belgique) où le groupe bivouaque quelques heures.

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« Lundi 24 août 1914 23ème jour - A quatre heures du matin, au moment d’éveiller mes conducteurs, un projectile de 150 arrivant à cet instant, abrégea ma besogne. A partir de cet instant nous fûmes l’objet d’un bombardement continu dirigé particulièrement sur la batterie de tir. Quelques coups malheureux occasionnèrent des pertes sérieuses dans la batterie de tir notamment des blessures mortelles aux canonniers : Zoppi, Dubois, Edard, Martineau, le maréchal des logis Lafeuille, le lieutenant orienteur Sopher, de graves blessures aux canonniers : Nigaize, Sourdeval, enfin une blessure assez grave à notre capitaine (une balle lui traversant le corps un peu au-dessous de l’épaule). A 7 heures, la situation devenant intenable, les servants abrités derrière une meule de paille ne pouvaient retourner aux pièces, le lieutenant Blot accompagné du maréchal des logis Pierret alla décrocher  les pièces. A 7 heures 1/2, l’ordre arrive d’emmener les avant-trains en arrière du village, les balles sifflaient dru et une tentative d’accrocher les pièces eut été un envoi à la boucherie. Les avant-trains quittant leur emplacement fuyaient éperdument dans le village sous le bombardement continu de l’artillerie Prussienne. C’est à ce moment que le 1er C Lacroix fut blessé aux jambes et à la tête. Notre retraite était déclenchée, nos avant-trains en arrière d’Hanizelle portant des blessés de toutes armes : tirailleurs algériens, fantassins, artilleurs, soldats du génie, avaient un aspect vraiment lugubre, aussi la population belge devant un tel spectacle et à l’approche de l’ennemi, commençait-elle son exode. Quittant Hanzinelle, nous nous arrêtons au carrefour d’une route où nous déposons nos blessés et où nous nous réorganisons de notre mieux. Nos quatre canons et nos 6 caissons étaient donc restés à Hanzinelle dans les mains de l’ennemi. Continuant notre retraite nous retraversions Morialmé, Boussu-lez-Walcourt. La population avait déjà abandonné ses maisons et elles étaient l’occasion d’un pillage de la part de toutes les troupes. Nous faisons une grand halte à Boussu-lez-Walcourt. Nous continuons notre route jusqu’à Barbançon. A cet endroit nous trouvons toutes les batteries du 11ème en position pour protéger notre retraite. A plusieurs reprises, nous faisons contremarche, le bruit de l’arrivée des uhlans se répand dans tous les corps de troupe y répandant la panique, alerte du reste fausse. Nous nous engageons dans un petit chemin dans la direction de notre point de retraite. Nous regagnons la grande route de Beaumont, bifurquons à droite pour arriver à Sivry[-Rance] (Hainaut) à 22 heures. Nous déposons un blessé Maze dans une ambulance et formons le parc dans un pré et nous couchons à la belle étoile pour prendre un court repos bien gagné). »

 

Retraite (25 août - 05 septembre 1914)

-25 août départ de Sautin à 3h 30 direction d’Eppe-Sauvage (Nord). Le 3e groupe rejoint à 4h d’autres éléments du 43e rassemblés en ce point par le colonel. Ils se rendent ensuite à Fourmies par Baive (Nord), Mâcon et Momignies (Belgique).

Carnet de route de R. Tronsson brigadier, 43e RAC, 3e groupe, 9e batterie

« Mardi 25 aout 1914 24ème jour - Réveil à 2h½. Toujours exténués de fatigue nous quittons Sivry à 3h½ du matin, nous filons vers la frontière que nous traversons à 5 heures pour entrer dans le département du Nord. Après quelques kilomètres en territoire français, nous rentrons de nouveau en Belgique. Là notre marche est gênée par la fuite en hâte du peuple belge encombrant les routes avec voitures, bétail, etc… Avant de repasser en territoire belge nous avions fait une halte dans un pré pour nous réorganiser de notre mieux. Allocution du lieutenant Chevillard au sujet de notre retraite qui prenait en effet l’aspect d’une déroute. Nous arrivons à Momignies (Hainaut) vers 9 heures, nous stationnons dans un chemin à l’entrée du pays, nous faisons boire nos chevaux, donnons de l’avoine et mangeons notre repas froid. A 10h½ nous repartons, revenons sur nos pas et enfin après une contremarche, nous allons stationner dans un chemin sous bois à proximité de la ligne du chemin de fer. Nous faisons un peu de cuisine, un peu de repos, nous voyons passer au passage à niveau plusieurs convois de locomotives belges remplies d’émigrants à destination de la France. Nous quittons cet emplacement à 6 heures, revenons sur nos pas. Après un léger arrêt et une nouvelle contremarche, nous rentrons dans Momignies, la nuit tombe. 20 heures, nous sortons de Momignies, toute la 5ème et la 6ème division encombrent la route ainsi que différents autres corps de troupe. Nous faisons de nouveau contremarche et prenons une direction plus à droite. Il est nuit, on ne voit plus, aussi, exténués de fatigue, devons-nous nous forcer pour ne pas nous endormir sur nos montures. Nous faisons plusieurs arrêts sur notre route et enfin après être de nouveau rentrés en France, nous arrivons à Fourmies à 23h½. Nous sommes exténués de fatigue, aussi nous touchons une boule de pain pour 8 et un peu de viande de conserve, nos voitures restent dans la rue et nous allons coucher dans une usine à proximité du point où nous étions arrêtés. La population de Fourmies très calme ne se doutait aucunement de la nature des évènements. »

-26 août départ de Fourmies à 4h retraite en direction de La Capelle-en-Thiérache (2 canons affectés à la 8e batterie) bivouac du soir à Froidestrée (Aisne).

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« Mercredi 26 août 25ème jour - Réveil à 2h½ nous quittons Fourmies à 3h½. La population ayant reçu l’ordre d’évacuer la ville dans les 24 heures, l’exode dans un affolement bien compréhensible bat son plein. Nous sortons des faubourgs et nous engageons dans la campagne. On signale l’ennemi près derrière nous, bruit d’ailleurs faux. Nous entrons dans un grand pré où nous stationnons voitures attelées. On fait un peu de cuisine, une fermière voisine nous donne des fromages et nous permet de prendre poules, lapins pour ne pas que les Allemands puissent en profiter, nous tuons un cochon. La 8ème batterie touche 2 canons. Nous repartons à midi. L’exode de la population française et belge bat son plein et gêne les mouvements de troupes. Nous traversons La Capelle (Aisne) et allons stationner dans un pré, à la sortie du pays, il est 15 heures. Nous faisons un peu de cuisine, on nous distribue des vivres de réserve, pour la 1ère fois nous voyons un cheval pris à des uhlans, le bruit se répand que 3 corps d’armée  allemands sont anéantis dans les Vosges (bruit reconnu faux plus tard). Les émigrés français et belges sont stationnés dans un champ immense d’ailleurs trop petit pour contenir tout. Nous quittons La Capelle à 18h30 et faisons route sur Froidestrées (Aisne) nous y arrivons à 22 heures, il pleut, nous sommes exténués de fatigue, nous stationnons dans un pré où nous faisons un immense feu de bivouac pour nous sécher, nous buvons un peu de café et couchons à la belle étoile sous la pluie, mais bien abrités sous une bâche trouvée par le chef Pluvinet. »

-27 août départ de Froidestrée à 4h repli vers Fontaine-les-Vervins (2 canons affectés à 8e batterie et 2 à la 9e)

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« Jeudi 27 août 26ème jour - Réveil à 3 heures 1/2. Nous quittons Froidestrées à 4 heures, il fait noir. Nous sommes sur la route de Paris, nous arrivons à Fontaine-lès-Vervins (Aisne) à 10 heures. Nous y rencontrons une escadrille d’aéroplanes et formons le parc dans un champ d’avoine. Nous dételons, mettons nos chevaux à la corde et faisons un peu de cuisine. Nous prenons un peu de repos, on aperçoit vers la fin de la journée quelques éclatements dans la direction de l’Oise. Notre colonel prétend que c’est impossible vu que les Allemands n’ont pas traversé l’Oise. La 2ème et la 3ème pièces retouchent chacune un tube à la gare de Saint-Gobert. Nous installons des lits sur le sol avec de la paille prise à une meule voisine et passons la nuit ainsi. »

-28 août départ à 4h par Saint-Gobert, bivouac à Sains-Richaumont (Aisne)

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« Vendredi 28 août 27ème jour - Nous quittons Fontaine-les-Vervins à 6 heures du matin, par Saint-Gobert et marchant jusqu’au soir, nous passons par Chevennes et allons mettre en batterie près la ligne du chemin de fer à Sains-Richaumont, il est 18 heures 30. La 8ème batterie tire quelques coups, mais la section de la 9ème ne tire rien, nous occupons cette position jusqu’à 20 heures et nous allons cantonner dans un champ à Chevennes (Aisne) nous couchons dehors. »

-29 août départ de Sains-Richaumont à 4h par la route de Guise. Position à 11h sur une croupe à l’est de Landifray-et-Bertaignemont (Aisne), pour contenir l’ennemi qui a franchi l’Oise. Combats sur les positions ennemies à la ferme de Bertaignemont, au soir bivouac à proximité de la position de batterie.

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« Samedi 29 août 28ème jour - Nous quittons Chevennes à 6 heures du matin et marchons sur Landifay[-et-Bertaignemont] où nous devions prendre l’offensive. Chaleur accablante, nous arrivons, nous voyons tout le 11ème en batterie et déjà, la canonnade crachant fort, après plusieurs mouvements en bataille où nous avons levé quantité de lièvres, nous arrivons près de Landifay où nous mettons en batterie dans un champ de betteraves à gauche du village et en avant. Les avant-trains dans un champ à 100 mètres en arrière et légèrement à droite de la batterie. Nous ouvrons le feu vers midi sur la ferme de Bertaignemont que nous bombardons. Les tirailleurs prennent cette ferme à la baïonnette et de ce fait, la journée fut marquée par un recul des forces allemandes sur ce point, néanmoins, l’artillerie allemande bombardant violemment le village de Landifay et les emplacements de batteries voisines. Quelques coups tombaient entre les avant-trains et l’échelon situé dans le vallon en arrière. Vers 5 heures nous levons la position de batterie et restons en position d’attente dans le village de Landifay. Après une ½ heure, nous repartons et enfin de compte revenons mettre en batterie à l’emplacement précédant. Nous ne tirons pas et malgré la chute de 150 dans ces parages, nous allons passer la nuit à l’emplacement de nos avant-trains. Nous y prenons un repos bien gagné. »

-30 août le 3e groupe se poste à Bertaignemont pour appuyer une contre-attaque de l’infanterie vers la ferme de Jonquière à 5h. Les batteries se retirent à 11h et reprennent leurs positions de la veille. 19h retraite générale et cantonnement à Montigny-sur-Crécy (Aisne).

Carnet de route de R. Tronsson brigadier, 43e RAC, 3e groupe, 9e batterie

« Dimanche 30 août 29ème jour - Nous quittons Landifay à 4 heures du matin. Du pain apporté par le service de ravitaillement fut abandonné sur la position ainsi que de l’avoine à la faveur de la nuit. Nous nous dirigeons sur Bertaignemont, nous assistons au terrible spectacle suivant : des tirailleurs algériens brûlés et déchiquetés dans une petite maison incendiée et quantité de fantassins français blessés ou tués et restés sans soins sur le champ de bataille. Nous mettons en batterie sur un flanc de coteau. A peine avions nous tiré quelques coups  que nous fûmes arrosés par une pluie de 77 venant de par devant et sur le flanc. Nous repartons en hâte et après quelques mouvements où nous avons pu nous apercevoir que le commandement faisait défaut, nous sommes allés remettre la batterie légèrement en arrière. La batterie ne tire pas, mais une balle vient blesser le jeune Reuze au genou. Nous quittons la position et revenons en arrière en toute hâte, après avoir exécuté plusieurs contremarches, nous retournons complètement en arrière séparés de notre échelon. Celui-ci avait complètement perdu la batterie. Le CC Joubert resté en arrière avec un avant-train se trouve blessé et complètement isolé de notre batterie et considéré comme perdu. Depuis nous avons su qu’il avait  été recueilli par le 11ème d’artillerie. De nouveau nous battons en retraite. Nous traversons la Serre à Montigny[-sur-Crécy (Aisne)] où nous retrouvons l’échelon et allons cantonner à [Montigny-sur-Crécy] où nous arrivons à 19 heures et où nous prenons un repos bien gagné. »

-31 août départ de Montigny-sur-Crécy à 2h pour défendre le passage de la Serre. Mise en position de 6h à 19h sans voir l’ennemi, puis se retire par Laon (Aisne) entamant une longue marche de nuit.

Carnet de route de R. Tronsson brigadier, 43e RAC, 3e groupe, 9e batterie

« Lundi 31 août 1914 30ème jour - Nous quittons [Montigny-sur-Crécy] à 6 heures du matin, faisant route sur Laon. Nous allons mettre en batterie dans une grande plaine, les avant-trains placés à 500 mètres en arrière de la batterie. Nous y restons depuis 9 heures du matin jusqu’à 17 heures. On va raccrocher les pièces, le tout est prêt à partir.  A ce moment, un coup de fusil retentit et de nouveau nous remettons en batterie, les avant-trains à proximité, nous ne tirons pas et à 21 heures nous partons, nous étions en vue de Laon. Nous partons donc pour passer toute la nuit sur route. Tous très fatigués nous entrons donc dans la journée du : mardi 1er septembre. »

-1er septembre le 3e groupe arrive à Vorges (Aisne) à 6h et repart à 7h30 marche toute la journée et cantonne à Courlandon (Marne).

Carnet de route de R. Tronsson brigadier, 43e RAC, 3e groupe, 9e batterie

« Mardi 1er septembre 1914 31ème jour - Nous traversons le faubourg de Laon au petit jour, et laissant Laon à notre droite, nous arrivons à Vorges (Aisne) à 9 heures. Nous y faisons une grande halte de 9 heures à midi, nous y faisons un peu de cuisine et prenons un léger repos, pour la première fois, nous voyons un cavalier anglais égaré dans nos lignes. Nous quittons Vorges à midi, traversons l’Aisne à …. près d’une sucrerie. Nous traversons un grand plateau, entrons dans le département de la Marne et arrivons à Courlandon (Marne) à 20 heures 1/2. Nous y faisons un peu de cuisine et j’y prends la garde avec le maréchal des logis Barrières. Le général Mangin prend le commandement de la 5ème Division à la place du général Verrier. »

-2 septembre marche de Courlandon à Lagery (Marne)

Carnet de route de R. Tronsson brigadier, 43e RAC, 3e groupe, 9e batterie

« Mercredi 2 septembre 1914 32ème jour - Nous partons de Courlandon à 6 heures et continuons notre marche vers l’arrière. Nous stationnons sur une grande route entre Reims et Epernay et arrivons à Lagery (Marne) à 15 heures. Nous dételons. Ayant tué un porc, nous faisons un peu de cuisine, mais comme nous n’étions pas dans une position favorable, nous devons à nouveau atteler et nous porter dans un endroit plus défilé. Le maréchal des logis Susmann trompé par l’obscurité, tombe dans un trou boueux et on est obligé de commander une corvée pour l’en tirer. Nous couchons à la belle étoile à la lisière d’un champ d’avoine et sommes gardés par une section d’infanterie. »

-3 septembre départ de Lagery à 3h30. La Division se replie sur la Marne franchie à Port-à-Binson (commune de Mareuil-le-Port, Marne) par le pont suspendu et le pont bateau. Groupe installé en batterie à Mareuil-le-Port (Marne) à 12h au sud de la Marne vers la cote 122 face à Châtillon-sur-Marne où il tente jusqu’au soir d’interdire le passage à l’ennemi (1 blessé à la 8e batterie 2e Cs Tison). 21h le groupe cantonne au sud de Leuvrigny (Marne).

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« Jeudi 3 septembre 1914 33ème jour - Nous quittons Lagery à 2h½ du matin. Nous passons à Châtillon-sur-Marne à 8 heures, nous traversons la Marne à Port-à-Binson [Mareuil-le-Port] sur le pont métallique, une voiture sur deux traversant sur un pont de bateaux construit par le 1er génie d’Arras. Le passage de la Marne s’effectua dans les meilleures conditions possibles. Nous remontons les coteaux jusqu’à Leuvrigny (Marne), nous restons en position d’attente dans un champ où nous faisons un peu de cuisine. A 12 heures nous allons mettre en batterie dans un champ couvert de pommiers, nous tirons dans la direction de Châtillon. A 15 heures, nous levons la position et nos deux pièces vont prendre une nouvelle position à découvert sur les coteaux de la rive gauche de la Marne. Au moment où nous emmenions les avant-trains, nous fûmes salués par plusieurs salves de 77 qui nous éclatèrent juste au-dessus de la tête, tuant à ma voiture [les chevaux] « Ananas » et « Rigolo » et en blessant plusieurs autres, dont le mien « Bijou » blessé au jarret et « Madeleine » au canon, blessant aussi un conducteur Lecuirot le poignet traversé par une balle de schnarpell. Le CC Sautreuil dut sont salut à la crosse de son révolver. Restant dans cette position jusqu’à la nuit, la batterie ne tira pas et à 21 heures nous accrochions les arrière-trains, faisant boire nos chevaux dans le village de Leuvrigny. Nous sommes allés passer la nuit dans un champ derrière le village où nous avons pris un repos bien gagné après avoir mangé quelques biscuits et une ½ boîte de viande de conserve. Nous passons donc la nuit à la belle étoile. »

-4 septembre départ de Leuvrigny à 4h le groupe est placé en avant-garde et se rend sans combat jusqu’à Fromentières (Marne), bivouac au nord du village. A 20h il est posté à 1km à l’est du village vers la cote 227 et y reste jusqu’à 1h faisant partie du dispositif de sécurité  de la Division. Bivouac avec les deux autres groupes à la sortie sud de Fromentières. Le colonel Valabrègue quitte le régiment remplacé par le lieutenant-colonel Drouault.

Carnet de route de R. Tronsson brigadier, 43e RAC, 3e groupe, 9e batterie

« Vendredi 4 septembre 1914 34ème jour - Réveil à 2 heures. Nous quittons Leuvrigny au bruit d’une vive fusillade qui crépitait dans la vallée de la Marne. Passant à Jagny-le-Jare, nous faisons la grande halte près d’une ferme, nous y faisons un peu de café et des poulets et lapins nous sont donnés dans une ferme voisine. Nous repartons à 11 heures et arrivons à Fromentières (Marne) à 12 heures. Nous stationnons dans un champ d’avoine couvert de poiriers. Je passe brigadier fourrier à la place de Catherine qui passe brigadier à la 2ème pièce. Nous prenons donc quelques heures de repos et à 19 heures nous allons reconnaître une position de batterie. Nous rentrons en position d’attente et à 21 heures, nous nous couchons à la belle étoile. »

-5 septembre la Division franchit les vallées du Petit et Grand Morin, le 3e groupe cantonne à Bouchy-le-Repos (Bouchy-Saint-Genest, Marne) où il arrive à 19h. Terme de la retraite.

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« Samedi 5 septembre 1914 35ème jour - Départ de cet emplacement à 3 heures du matin, nous faisons une halte en pleine campagne et faisons du café. Passant section de tir contre les aéroplanes, nous allons mettre en batterie, confection de tranchées circulaires, nous y restons jusqu’au soir et allons passer la nuit à Boissy-le-Repos [Bouchy-le-Repos, actuellement Bouchy-Saint-Genest (Marne)] où nous couchons à la belle étoile. »

 

Bataille de la Marne (06-12 septembre 1914)

-6 septembre début de la contre-attaque. Le Lieutenant colonel Drouault cède le commandement du 43e RAC au commandant Rougier. Le 3e groupe cantonné à Bouchy-le-Repos (aujourd’hui Bouchy-Saint-Genest, Marne)  soutient la contre-attaque du 129e RI en direction d’Escadres, Aulnay et Neuvy. Batteries en position cote 194 près de la ferme de la Soucière (7h). La 8e batterie accompagne la marche du 129e RI qui occupe Courgivaux (Marne) à 14h30. Repli au sud du village à 17h suite à une contre attaque ennemie et tirs sur les lisières des bois au Nord d’Escadres entre la cote 200 et la ferme du bel air. Repli de la 8e batterie sous une salve ennemie (6 hommes blessés : 2e Cc Casel, Gauveu, Guillemain, Evrard, Frebourg et Brig. Ruello, les trois dernier décèdant des suites de leurs blessures) à la ferme de la Soucière sur la position des 7e et 9e  batteries (1 blessé : 2e Cs Beudin) (arrivée à 18h) où le 3e groupe cantonne.

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« Dimanche 6 septembre 1914 36ème jour, Courgivaux - Nous quittons le cantonnement et nous allons nous mettre en batterie contre les aéroplanes. 7 heures nous creusons des circulaires, tirons sur un avion sans l’atteindre. 12 heures, nous amenons les avant-trains, changeons de position. Nous allons nous mettre près de la lisière d’un bois et recommençons nos organisations contre les avions. Il fait une chaleur accablante, l’action semble se dérouler de plus en plus près de notre emplacement. Les avant-trains sont pris sous le feu de l’artillerie, nous changeons de place, la bataille se déroule, le moral est bon, notre infanterie progresse. A 17 heures violente contre-attaque allemande. Notre capitaine quittant sa position contre les avions vient en toute hâte se mettre en batterie sur un mamelon en pleine vue sur les positions ennemies. Nous ouvrons le feu à 600 mètres. Voyant la situation s’aggraver, le capitaine fait enlever la 3ème pièce et ne garde que la 2ème. Les avant-trains sont à 20 mètres derrière la pièce pour ravitailler. Une batterie du 129e se replie sous le feu de l’ennemi, notre capitaine révolver au poing  leur donne l’ordre de marche. L’action prend bonne tournure, le général Mangin charge à la tête d’un bataillon du 74ème régiment d’infanterie, les Allemands se replient. Nous les poursuivons sous notre feu, les balles sifflent dru, le CS Beudin est blessé à la cuisse, l’ennemi protégeant sa retraite par une batterie de 105 nous tire dessus après que nous ayons raccroché la pièce. Un sergent assis sur un avant-train est tué net par un éclat. Les coups sont plus longs, nous sommes hors de danger, nous apprenons que le commandant Roger [Rougier] du 11ème prend le commandement du régiment à la place du colonel Valabrègue.  Nous allons cantonner à la Sourcière. Chaude journée, mais belle journée, nous avons fait quantité de prisonniers et la 9ème batterie aura participé à sa part de succès. »

-7 septembre les groupes rassemblés à 4h à l’Est d’Escadres, tirs soutenant la contre-attaque du 36e et 129e RI sur la ferme de bel Air à Courgivaux (Marne). A 12h avancée à la ferme de la Montagne. Le soir cantonnement à Neuvy (Marne) rive droite du Grand Morin.

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« Lundi 7 septembre 1914 - Après une nuit de repos bien gagnée, nous quittons La Soucière [ferme de la Soucière à Bouchy-Saint-Genest (Marne)] et marchons vers le nord. Nous nous mettons en batterie, ne tirons pas, nous formons le parc près de la ligne de chemin de fer, voyons un convoi de prisonniers allemands escortés par des chasseurs, sur notre parcours nous trouvons quantité d’articles, d’équipements allemands : fusils, casques etc… Nous nous rendons compte aussi de la méthode avec laquelle ces brutes ont pillé certaines maisons, abandonnant dans leur retraite tout le butin volé par eux. Voyons aussi pour la première fois quantité de cadavres allemands déchiquetés par notre artillerie. La chaleur est accablante et l’atmosphère, envahie des émanations provenant des cadavres d’hommes et de chevaux, est insupportable. C’est un vrai carnage. N’importe le moral est excellent, nous repartons et allons cantonner à Neuvy (Marne) sur les bords d’un ruisseau. Nous formons le parc dans un champ, des prisonniers allemands dont plusieurs officiers sont gardés dans une maison voisine, nous nous reposons jusqu’au lendemain. »

-8 septembre progression en direction de Montmirail (Marne), positions près de Fontaine-Armée à 9h. Vers 15h le 3e groupe est posté avec le 1er groupe près du Lieu-dit le Chêne au sud de Montmirail. A 17h30 les 8e et 9e batteries ouvrent le feu sur l’ennemi signalé à  l’ouest de Montmirail. Nuit sur la position.

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« Mardi 8 septembre 1914 - Nous quittons Neuvy à 8 heures et continuons notre marche vers le nord. Après quelques kilomètres de marche, l’ennemi étant signalé dans un village proche, nous prenons position et tirons quelques salves, on reçoit l’ordre de cesser le feu, notre cavalerie occupant maintenant le village de … . Nous continuons notre marche, sommes en position d’attente dans une plaine. L’artillerie lourde ennemie bombarde, son tir est réglé par un drachen-ballon, nous nous défilons dans les bois et par un mouvement vers le N.O. nous allons nous placer sous Montmirail (Marne). La batterie prend position dans un champ de maïs, les 77 fusant et arrivent déjà en quantité. Nous ouvrons le feu. A la nuit tombante, la pluie commence à tomber, les tirailleurs algériens  forment le bivouac dans une ferme, un incendie s’y déclare. L’ennemi déjà très éprouvé n’ouvre pas le feu sur ce but bien visible, nous passons la nuit sur la position. »

-9 septembre 4h30 ouverture du feu sur Montmirail qui est prise à 9h et poursuite de la progression vers Corrobert. Groupe en batterie près de Haute-Feuille (cote 206). A 14h bivouac à Verdon (Marne).

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« Mercredi 9 septembre 1914 - Nous ouvrons le feu de bonne heure, l’ennemi bat en retraite, le général Mangin entre le 1er dans Montmirail à la tête de sa division. Nous levons la position et reprenons notre marche vers le nord, nous traversons Montmirail très éprouvé par le passage des Allemands et aussi par le tir de notre artillerie. Chaleureux accueil de la population, nos pertes d’infanterie sont assez importantes, l’artillerie a peu souffert, aucune perte à notre batterie. Faisons la grande halte dans un champ. Après notre passage dans Montmirail, touchons deux nouvelles pièces, notre batterie est donc au complet, continuons notre marche vers le nord. Des quantités considérables de matériel sont abandonnées par les Allemands, caissons, munitions, chevaux, harnachement, automobiles, bicyclettes, motos, appareils téléphoniques, équipements de toutes sortes. Nous formons le parc et cantonnons à Verdon (Marne), village situé dans la vallée du ruisseau de Margny, très éprouvé par les évènements récents. »

-10 septembre départ de Verdon à 4h. Sortie vers le Breuil puis Condé-en-Brie. Passage de la Marne à 13h au pont de Sauvigny (actuellement Reuilly-Sauvigny, Aisne) et bivouac à l’ouest du hameau de Courcelles (Marne).

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« Jeudi 10 septembre 1914 - Départ de Verdon à 6 heures, continuons notre marche vers le nord sans combattre, traversons la Marne à Passy-sur-Marne [Aisne] et cantonnons à Courcelles [commune de Trélou-sur-Marne] (Aisne) sur les berges de la Marne, le maréchal-des-logis Simon de la 7ème batterie se noie en se baignant. Courcelles, village rive droite de la Marne très éprouvé par le passage des troupes allemandes mais pas éprouvé par le tir des batteries adverses. »

-11 septembre progression par Treloup (Trelou-sur-Marne), Vincelles, Verneuil, Passy-Grigny, et prise de position au Sud-est de Villiers-Agron-Aiguizy (Marne) sans combat, puis arrivée à Aougny (Marne) à 15h où le 3e groupe bivouaque.

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« Vendredi 11 septembre 1914 - Quittons Courcelles à 8 heures du matin. Longeons la Marne jusqu’à Dormans [Marne], obliquons vers le nord, passons près la gare d’Anthenay [Marne] complètement détruite et incendiée par les Allemands. Nous nous mettons en position dans la plaine, des troupes suspectes étant signalées à proximité, nous quittons notre position et allons cantonner à Bouilly [Marne]. Il pleut à torrents, nous passons la nuit dans une grange. »

-12 septembre le groupe quitte Aougny à 5h progression par Lhéry, Tramery, Méry-Prémecy, mis en batterie cote 204 entre Méry-Prémecy et Gueux, bat toute la plaine entre Gueux et Thillois pour soutenir l’attaque de l’infanterie. Cantonne le soir à Gueux. Progression arrêtée après le passage de la Vesle, ennemi posté à Brimont, Courcy, Bois-Soulaim (Marne).

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« Samedi 12 septembre 1914 - Départ de Bouilly à 5 heures. Continuons notre marche vers le nord et arrivons sur la montagne de Reims, crêts abrupts et boisés dominant la région. Nous nous mettons en position sur ces crêts et ouvrons le feu, il pleut à torrents, nous ne souffrons pas du feu de l’artillerie ennemie qui n’est pas très intense. A 19 heures nous levons la position, faisons des feux de bivouac pour nous sécher et nous nous préparons à partir. A 20 heures nous quittons notre position et nous nous dirigeons vers Gueux, nous restons 3 heures en position d’attente sur la route sous une pluie battante. Des ordres arrivent enfin et nous allons cantonner à Gueux (Marne), formons le parc dans la prairie et cantonnons dans une boulangerie. Il pleut toujours, pour la première fois nous touchons du tabac, nous nous reposons tant bien que mal sur des fagots, ce n’est pas très moelleux mais nous sommes à l’abri de la pluie, il est 23 heures 30. »

voir la suite :

Introduction à la restitution du journal de marche de René Verney

II

Front de l’Aisne (13 septembre 1914 – 22 mai 1915)