A. Verney

 

 Introduction à la restitution du journal de marche de René Verney

 

VII

Le Chemin des Dames (28 mars – 1er septembre 1917)

 

L’Album de la guerre de René Verney (p. 150-182) renferme 73 clichés correspondant à ces six mois de campagne dans l’Aisne qui se déroule entièrement face au Chemin-des-Dames (voir également Chemin des Dames et mutineries à la 5e DI)

En provenance de Saint-Clément (Meurthe-et-Moselle), le 3e groupe du 43e RAC débarque le 28 mars 1917 en gare de Mézy-Moulins (Aisne) pour participer à l’offensive Nivelle (16-21 avril). Suite à l’échec de l’opération de percement du front, le groupe reste sur le secteur jusqu’au 1er septembre, occupant cinq positions successives. Contrairement aux vues du front, rares sont les clichés correspondant aux deux périodes de repos d’une dizaine de jours dont bénéficie le groupe à Rozoy-Bellevalle (15-26 mai), puis à Bonnesvalyn (25 juillet-3 août).

-Le 3e groupe se rend tout d’abord à Brenelle (Aisne). Mis à disposition du groupement d’artillerie du 6e corps d’armée, il prend position le 2 avril dans le ravin de Brenelle. Son action se concentre sur le secteur allant de Vailly-sur-Aisne à Chavonne, participant du 16 au 21 avril par un feu roulant, à l’avancée de l’infanterie de la 127e D.I. qui parvient au prix de très lourdes pertes jusqu’au pied du plateau du Chemin des Dames. En dix-huit jours de combat le groupe aura consommé 31 000 munitions, les pertes en hommes s’élevant à 3 blessés. Cette première phase de la campagne est illustrée par 11 clichés (Album p. 150-153).

-Les batteries franchissent l’Aisne le 24 avril à Vailly-sur-Aisne, et prennent une nouvelle position au sud d’Aizy-Jouy (Aisne) sur la crête occidentale du ravin situé au Nord de Vailly-sur-Aisne, entre le Château de Vauxcelles et les carrières du Sourd. Leur zone d’action s’étend alors sur le secteur compris entre  la ferme du Panthéon et la ferme Royère, mais, malgré un feu intense (près de 20 000 coups tirés en une quinzaine de jours), la progression de l’infanterie est stoppée, le groupe comptant 3 blessés dont un mortellement touché. 25 clichés illustrent cette seconde phase (Album p. 154-163).

-Le groupe est relevé le 9 mai et rendu à la 5e DI. Après une courte période de repos à Rozoy-Bellevalle (Aisne) du 15 au 24 mai, il regagne le front le 30 mai, organisant des positions sur la hauteur située au Nord de Rouge Maison à la limite des communes de Vailly-sur-Aisne, Aizy-Jouy et Ostel (Aisne). L’ensemble des batteries ne sont pas encore en place que le groupe est relevé le 6 juin sans avoir connu de pertes. Seuls 7 clichés correspondent à cette période contemporaine des mutineries qui touchent les régiments d'infanterie divisionnaires voir : Chemin des Dames et mutineries à la 5e DI (Album p. 164-165,168).

-Il se transporte aussitôt à Soupir (Aisne) où il prend position dans le secteur du Bois des gouttes d’or avec comme objectif les hauteurs de Baye-en-Lannois sur lesquelles les batteries du groupe effectuent près de 42 000 tirs du 8 juin au 20 juillet, l’intense action de l’artillerie participant à la stabilisation du front. Les pertes en hommes s’élèvent à 1 tué et 6 blessés. Le 21 juillet le 3e groupe se dirige vers Bonnesvalyn (Aisne) où il cantonne pour une période de repos du 24 juillet au 3 août. 25 clichés illustrent cette quatrième phase (Album p. 170-180).

-Le 9 août il est à nouveau au front après un bref cantonnement à Paars, prenant position à Jumigny (Aisne) jusqu’au 30 août avec pour objectif le secteur du plateau du Chemin-des-Dames situé au sud du village disparu d’Ailles soutenant l’action de la 5e DI entre Moulins et Vassognes (Aisne). Cette dernière période de près d’un mois est la moins bien documentée avec 5 clichés seulement (Album p. 181-182). On dénombre au cours de cette période 1 tué et 6 blessés au sein du 3e groupe du 43e RAC, le Médecin Aide-Major de 1ère classe René Verney étant quant à lui cité à l’ordre de la division pour son action au cours de la journée du 31 août 1917.

La phase de retrait du secteur qui se clôt par l’embarquement en gare de Courville-Saint-Gilles (Aisne) le 2 septembre n’est illustrée par aucun cliché.

Au total, les pertes du 3e groupe dans les combats du Chemin des Dames s’élèvent à 2 tués sur le champ de bataille et 15 blessés dont un décédé suite à ses blessures.

07Chemin des Dames tués et blessés

Aucune intoxication n’est signalée au sein du 3e groupe du 43e RAC, durant toute la période au cours de laquelle se poursuit la lutte contre les attaques aux gaz par le service de santé. Des exercices d’application des masques sont ainsi effectués « dans toutes les unités de la DI » en mars.  En avril on assiste à la distribution de nouveaux masques (type M2). Le 17 juin, des perles d’éther (antispasmodique) et de la poudre d’ipéca (vomitif et expectorant) sont sollicitées pour la thérapeutique des intoxications au sein des postes de secours.

Au cours du mois de juillet un second masque de type M2 et un millier de masques Tissot petit modèle sont distribués aux unités, tous les lits des ambulances 4/3 et 5/3 sont également équipés. Dans la première quinzaine du mois sont pratiqués des exercices « assez fréquents »  d’application des masques « dans les diverses unités de la DI » accompagnés de revues de masques (M2, Tissot, et Draëger).

Pourtant, on doit au grand nombre d’intoxications par gaz survenues au sein de la 5e DI au cours de la première quinzaine de juillet 1917, la mise en place d’un décompte particulier dans les relevés mensuels des pertes enregistrées par le médecin divisionnaire. Il sera désormais systématique. Ainsi au mois de juillet un total de 48 hommes ont été intoxiqués au sein de la Division dont 43 au seul 74e RI (parmi lesquels 10 décédés). Ces intoxications au palite sont alors considérées comme induites par l'effet de surprise menant à l’usage trop tardif des masques de protection par les hommes.

Si aucune perte n’est enregistrée en août, des exercices en chambre à gaz et des marches avec masque son effectuées le 11 août dans les diverses unité de la DI, les « spécialistes » étant parallèlement exercés à l’usage du masque Tissot. Le 3e groupe alors déjà en ligne à Jumigny ne semble pas concerné par ces entraînements.

Enfin la formation du personnel médical lui-même retient toute l’attention du service de santé divisionnaire. Ainsi, du 4 au 11 août l’ambulance 4/3 accueille à Rocourt, un cours de perfectionnement pour les étudiants en médecine et auquel participe le médecin-auxiliaire Le Cars du 3e groupe du 43e RAC.

Parallèlement, le suivi méticuleux par le service de santé divisionnaire des vaccinations T.A.B. (typhoïde et  paratyphoïdes A et B) a permis de les éradiquer des maladies épidémiques qui ne comptent qu’un seul cas de rougeole enregistré au 3e groupe le 28 avril (3 cas sont également signalés au 1er groupe ce même mois). La souche de l’épidémie (64 cas enregistrés au sein de la DI d’avril à août) semble en effet à rechercher au 74e RI.

A partir du 15 août, un nouveau décompte des journées d’indisponibilité au corps est mis en place, distinguant les indisponibles absolus (A) ne pouvant rejoindre le rang en cas de marche ou de combat, et les indisponibles relatifs (R) pouvant reprendre leur place dans le rang en cas de marche ou de combat.

Globalement, le nombre de journées d’indisposition mensuelles recensées souligne l’amélioration de l’état de santé des hommes du 3e groupe par rapport à l’année qui vient de s’écouler dans la Meuse (Verdun puis secteur des Eparges).

07Chemin des Dames indisposés et évacués

Les maladies contagieuses voient ainsi leur nombre chuter avec 53 cas par mois en moyenne contre 85. Cette diminution est liée à la forte baisse des affections digestives, gastriques et diarrhées qui chutent de manière spectaculaire, ne représentant ici que 35% des maladies contagieuses ordinaires (19 cas en moyenne par mois) alors qu’elles atteignaient 61% pour la période précédente (52 cas en moyenne par mois).

Comme les cas de gale (4 cas en moyenne par mois), les affections respiratoires et courbatures fiévreuses restent stables (ici 30 cas en moyenne par mois, contre 27 pour la période précédente.

07Chemin des Dames maladies

Le Médecin Aide-Major de 1ère classe René Verney est cité à l’ordre de la Division le 5 septembre 1917 pour son action le 31 août :

« Médecin de grande valeur, d’un courage et d’un dévouement à toute épreuve. Au front depuis le début, s’est déjà signalé en maintes circonstances, en particulier le 31 août 1917, en allant sous un très violent bombardement, donner des soins à des blessés de quatre unités différentes. »

Signé Le général Roig-Bourdeville commandant la 5e Division d’infanterie.

 

voir la suite :

Le Journal de marche illustré HD