A. Verney

 

 Introduction à la restitution du journal de marche de René Verney

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Offensive sur l’Aronde et le Matz (21 juin – 8 septembre 1918)

 

 

L’album de la guerre Européenne de R. Verney (p. 208-216) renferme 27 clichés illustrant cette campagne de deux mois et demi qui se déroule entièrement dans le département de l’Oise et constituée pour l’ensemble de la 6e DI de deux phases principales.

Elle débute le 21 juin par une arrivée en gare de Pont-Sainte-Maxence et un cantonnement au sud de Gournay-sur-Aronde préparant la prise de position dans ce secteur. Aucun cliché n’est associé à cette opération d’une dizaine de jours.

Les bataillons montent en ligne du 30 juin au 14 juillet assurant relève du 28e RI dans le sous-secteur de Neufvy-sur-Aronde. Vient ensuite une période de repos d’une semaine dans les cantonnements, durant laquelle le 24e est relayé au front par le 119e RI. Du 20 juillet au 6 août constitue une seconde période de montée en ligne cette fois-ci dans le sous-secteur de Gournay-sur-Aronde où il relève le 28e RI. 14 clichés s’associent à ces activités du mois de juillet, principalement constitués de vues de Gournay et de portraits d’officiers du régiment tant au PC de l’Etat-major que dans les villages Hémévillers et Estrées-la-Campagne qui accueillent les hommes en cantonnement (p. 208-211)..

La seconde phase est constituée par l’offensive sur le Matz qui débute le 6 août par une avancée de 17 km via Ressons-sur-Matz jusqu’à la station de chemin de fer de Roye-sur-Matz atteinte dès le 12 août, la progression s’achevant face aux positions défendues par l’ennemi à Canny-sur-Matz. (8 clichés illustrent ces évènements du mois d’août avec des vues de Royes et de Canny probablement prises au moment de l’arrêt de la progression p. 212-215).

La campagne s’achève le 26 août par la relève des bataillons de ligne, le regroupement du régiment à  Catigny et Ecuvilly (Oise) et le départ des unités en camion le 8 septembre vers une destination alors inconnue, accompagnant ainsi le déplacement de la 6e DI sur le front l’Aisne (2 clichés illustrent cette phase de repli p. 216).

L’intensité des combats du mois d’août est révélée par le nombre de tués, de blessés et d’intoxiqués émanant des relevés mensuels du service de santé divisionnaire. Le seul mois d’août compte ainsi à lui-seul plus de blessés et de tués que l’ensemble des sept premiers mois de l’année.

10Arronde et Matz 24eRI

L’état des pertes semble pourtant très largement sous-évaluée par le service de santé divisionnaire. Le décompte des pertes journalières relevées dans le JMO du 24e RI fait en effet état pour le mois d’août de 175 tués et non pas de 23, d’un total de 594 blessés et intoxiqués et non de 503. Notons la proximité de ces chiffres avec ceux publiés dans l’ouvrage « Historique du 24e régiment d’infanterie » Paris, Charles Lavauzelles ed. 1920.

D’après le JMO du régiment, les journées du 12 et 13 août comptent à elles seules 60 et 84 tués, 105 et 143 blessés auxquels s’ajoutent 49 et 38 intoxiqués, 6 et 1 disparus.

Le service de santé divisionnaire évalue à 230 hommes les pertes subies par le 24e RI pour le 13 août, alors que le total des pertes signalées par le JMO régimentaire est de 265 hommes.

Le médecin chef de service du 28e  RI confirme d’ailleurs dans une note adressée le 14 août au médecin chef du service divisionnaire qu’« en cas d’action ou simplement de marche en avant rapide comme les 10, 11 et 12 par exemple il est impossible de fournir la situation rapport régulièrement chaque jour ». Il souligne parallèlement que «  le diagnostic entre suffoqués et ypérités est impossible à faire sur le champ de bataille. ».

D’autres informations fournies par le médecin divisionnaire, le médecin principal de 2e classe Pous (évacué le 1er septembre pour maladie et remplacé par intérim le médecin major 2e classe Ehringer médecin chef du GBD6) apportent d’autres informations précieuses.

Le mois de juillet est ainsi consacré à l’organisation des postes de secours et la régulation des évacuations vers les ambulances par des autos sanitaires à partir de points de rassemblement, le plan d’évacuation évoluant avec l’avancée des troupes. L’un des relais d’autos-sanitaires est installé à la station ferroviaire de Roye-sur-Matz dès le 15 août. Les hommes du 24e RI y sont dirigés avec départ des voitures pour évacuation des malades légers et éclopés à 13h précises à partir du 15 août. Les hommes sont dirigés sur l’ambulance de Gournay ou le centre hospitalier de Favières en fonction des indications portées sur les fiches d’évacuation fournies par les médecins. Blessés et malades graves sont transportés aussitôt vers le centre hospitalier de Favières, les Gazés à Estrées-Saint-Denis. L’augmentation des dotations en voitures pour accroître leur rotation est demandée par les médecins et transmise par les chauffeurs.

Ces voitures ont également pour fonction d’apporter l’aide matérielle sollicitée. Le 14 août le 24e RI demande ainsi d’urgence du chlorure de chaux pour lutter contre les bombardements à l’ypérite, le nécessaire est fait le 15 (100 kg lui sont fournis). 17 août demande d’urgence de garrots et d’ampoules médicaments, le 21, demande de pansements (le poste de secours régimentaire est alors signalé sur la route de Roye-Canny). Le 23 août demande à nouveau d’urgence 100kg de chlorure de chaux et 130m de toile pour abri.

Des informations sont également fournies par l’organisation de l’assainissement du champ de bataille par le groupe de brancardiers divisionnaire (GBD6) chargé de l’inhumation des corps. Le 20 août il est décidé que les inhumations jusqu’alors effectuées entre Gournay, Neufvy et Ressons, seront désormais groupées à proximité des lieux habités par exemple les environs de la gare de Roye-sur-Matz. Les corps seront amenés par les brancardiers divisionnaires et les fosses creusées par des corvées d’une dizaine d’hommes mise à disposition par les corps de troupe. Il est rappelé que les actes de décès, les formalités de succession et d’inhumation (mise de la plaque de plomb), sont établis par les corps de troupe. Dès le 21 août, le 24e RI demande 120 croix et cocardes.

Les informations relatives aux maladies sont quant à elles très partielles malgré l’importance de certaines affections. Le 16 août est ainsi signalé par le colonel du 119e RI que l’épidémie de grippe qui s’est déclarée au sein de son unité devient extrêmement sérieuse (8 officiers dont 4 commandants de compagnie et 74 gradés et soldats sont évacués, d’autres étant à prévoir en raison du nombre de fiévreux). Pourtant le nombre de malades et blessés accidentels (éclopés) passent de 95 en juin, à 43 en juillet et 93 en août.

Enfin, tout au long des combats, les mesures de prophylaxie restent de rigueur et, en fonction de l’avancée des troupes, il est fait procéder par le pharmacien du GBD à l’analyse des eaux du secteur.

 

Par ordre n°217 du 3 septembre 1918 le médecin major 2e classe René Verney est cité à l’ordre du 34e corps d’armée :

«Chef de service hors ligne, a assuré d’une façon parfaite la relève et l’évacuation des blessés avec les seules ressources du Régiment pendant plusieurs journées de durs combats et au cours d’une avance de 15 km dans les lignes adverses. »

Signé : Le général de division Nudant, commandant le 34e Corps d’armée.

Par ordre n°22 du 29 janvier 1919 le service médical du 24e RI est cité à l’ordre du régiment :

« Parfaitement organisé par le Médecin major Verney, a fonctionné d’une façon digne d’éloges au cours des actions offensives d’août, septembre et octobre 1918. C’est grâce au mépris du danger et à l’esprit d’initiative dont tous, médecins, infirmiers, brancardiers ont fait preuve que le Régiment doit la réussite d’opérations qui lui ont valu une citation à l’ordre de l’armée. »

Signé : Lieutenant-Colonel Henry ; commandant le 24e Régiment d’infanterie.

 

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Le Journal de marche illustré HD