A. Verney

 

 Introduction à la restitution du journal de marche de René Verney

 

VI

Les Eparges (22 juin 1916 – 27 mars 1917)

 

L’album de la guerre européenne de R. Verney renferme 42 clichés illustrant cette période qui débute après un repos de près d’un mois au Bouchon-sur-Saulx (Meuse). Le 3e groupe du 43e RAC quitte son cantonnement le 22 juin 1916 pour prendre position à partir du 24 juin dans le secteur des Eparges (Meuse). 

Débute alors une période de sept mois et demi, marquée par une activité offensive limitée et par un intense mouvement de personnel. Une trentaine de clichés rendent compte de la vie quotidienne auprès des batteries et cagnas des officiers du groupe, principalement dans en Forêt d’Amblonville et dans le bois de l’Hôpital de Saint-Hyppolite, au Nord-est de Mouilly (Meuse) (p. 1, 7, 136-146).

Pour la première fois, sont photographiés des officiers de la  6e batterie appartenant au 2e groupe du 43e RAC qui remplace de fin septembre à mi-novembre une section de la 9e batterie sur sa position p. 141, 143, 146).

La relève du groupe le 12 février 1917 s’effectue dans le froid intense et la neige comme en témoignent les trois clichés correspondants au passage du canal Marne-Rhin puis au franchissement de la Meuse (p. 147).

Enfin, seules trois prises de vue correspondent à la période d’instruction et d’exercices à Baudigécourt, Bonnet et Brousey-en-Blois (Meuse) qui se déroule du 15 février au 10 mars 1917 (p. 148-149), puis de cantonnement du 14 au 26 mars à Magnières (Meurthe-et-Moselle) durant lequel une partie du personnel du 3e groupe est mis à disposition pour la construction de batteries à Vaxainville et Pexonne (Meurthe-et-Moselle). Aucun cliché ne rend compte du départ pour l’Aisne en gare de Saint-Clément (Meurthe-et-Moselle) le 27 mars 1917.

Au sein du service de santé régimentaire, on assiste au départ, le 10 décembre 1916, d’André Neyreneuf médecin-auxiliaire placé aux côtés de René Verney depuis août 1914. Il est affecté à cette date au 1er groupe du 43e RAC en tant que médecin Aide-major 2e classe à titre temporaire. Il est remplacé par le médecin-auxiliaire Le Cars venu du 120e RIT.

Tout au long des neuf mois passés sur le secteur des Eparges, l’état de santé général des hommes se caractérise par un nombre de jours d’indisponibilité qui ne cesse de croître atteignant alors les chiffres records de 244 jours en moyenne par mois celui-ci culminant à 318 jours en février 1917, et ce pour des raisons en grande partie liées à de précaires conditions d’hygiène.

Le service de santé divisionnaire doit ainsi lutter sur de multiples front : dératisation du secteur et lutte contre les mouches, surveillance systématique des points d’eau, attention particulière apportée au fonctionnement des latrines désormais couvertes d’un plancher et pourvues d’un couvercle tampon, désinfection à la chaux des feuillées, amélioration des cantonnements par installation de lavabos, de bains-douches et rénovation de la literie.

06Les éparges indisposés évacués

Les maladies des voies digestives représentent tout au long de la période d’occupation du secteur 64% des affections contagieuses avec 54 mensuels en moyenne avec un taux de diarrhées très important puisqu’elles représentent 40% des maladies contagieuses recensées.

Parallèlement, on assiste au sein de la division à la reprise des épidémies. Ainsi, un cas de méningite cérébro-spinale est identifié le 1er juillet  à l’échelon de la 9e batterie stationné tranchée des Douzains : 4 hommes sont isolés par mesures de prophylaxie, et subissent des prélèvements du liquide céphalo-rachidien dont les résultats s’avèrent négatifs le 15 juillet.

En juillet également, plusieurs cas d’oreillons sont signalés aux 74e et 129e RI immédiatement suivis de mesures d’isolement et de prophylaxie (désinfection des gourbis) qui semblent enrayer l’épidémie. Celle-ci reprend pourtant en décembre avec 14 cas au sein de la DI dont 1 au 3e groupe du 43e RAC. Suivront 6 cas en janvier, 3 en février, 9 en mars au sein la DI, l’épidémie épargnant le groupe d’artillerie.

Un cas isolé de scarlatine est signalé en octobre au 129e RI, alors qu’en décembre la division est touchée par la rougeole (14 cas au 36e RI en décembre, les premiers depuis le 17 mai 1916), 5 nouveaux cas sont ensuite enregistrés au 74e et 129e en mars. Enfin 2 cas de dysenterie sont signalés au sein de la DI en décembre et en janvier, puis 1 en février et mars, l’ensemble de ces maladies épargnant le 3e groupe du 43e RAC.

Parallèlement, la lutte contre la diphtérie se poursuit inlassablement. Le 2 août le service divisionnaire demande aux corps l’état des hommes à vacciner avec le vaccin T.A.B. (typhoïde et paratyphoïdes A et B), suivi des premiers essais entrepris pour l’évaluation des réactions, enfin de la vaccination progressive des troupes. Ainsi, le 20 décembre, sur les 603 hommes que compte le 3e groupe du 43e RAC, 186 sont complètement vaccinés, 27 sont en cours de vaccination, 14 présentent des contre-indications et 376 restent à vacciner. Le 27 février, 265 sont vaccinés complètement, 27 en cours de vaccination, 25 présentent des contre-indications, 286 restant à vacciner. Enfin, le 20 mars 552 hommes sont vaccinés complètement, 26 sont en cours, les 25 contre-indications constituant les ultimes individus non vaccinés.

Face au nombre de maladies vénériennes recensées au sein de la troupe (98 jours mensuels d’indisposition en moyenne au sein de la DI, dont 7 au 3e groupe), des mesures préventives et de contrôle sont engagées durant la période du 16 février au 16 mars.

06Les Eparges maladies

Tout au long de la période, le service médical divisionnaire s’attache enfin à la lutte contre les intoxications par gaz, bien qu’aucun état des pertes ne soit encore effectué.

Le mesures prises débutent au moment même où les régiments de la division quittent Verdun pour le Bouchon-sur-Saulx (2- 20 juin) : distribution d’acide chlorhydrique à tous les corps pour démonstration en milieu chloré, distribution de masques M2 dans tous les corps de la DI, équipement des hommes venus en renfort avec exercices en milieu chloré. Le 25 juin enfin, le Médecin Aide-Major Bosq du GBD5 est désigné pour faire des conférences d’hygiène sur les masques à gaz aux officiers.

Tout au long de la montée en ligne sur le secteur des Eparges le renforcement des équipements et la formation des troupes se poursuit régulièrement. En effet, une visite effectuée du 23 au 25 juillet par le médecin divisionnaire permet de conclure « à la mauvaise organisation au point de vue de la lutte contre les gaz ». Un rapport est transmis au général pour réparer les négligences.

Le 26 juillet toutes les unités du génie et de l’infanterie sont dotées de masques M2. Le 29 juillet demande de 4 500 masques supplémentaires pour doter d’un second M2 les fantassins et les artilleurs les plus exposés à l’action prolongée aux gaz (2e lignes et batteries).

Au 15 août la réorganisation de la lutte contre les gaz est achevée, un rapport décrit les équipements et leur répartition. Le second jeu de masques M2 destiné aux batteries d’artillerie sont déposés dans les postes des chefs de sections afin d’être distribués en cas d’attaque. 4000 masques TN et 4 000 lunettes constituent les dépôts des tranchées. 88 masques Draeger et 267 appareils à oxylithe munis d’une cartouche et d’un obus de rechange sont répartis au sein des unités (30 Draeger et 27 à oxylithes dans les positions d’artillerie). 25 obus et 141 ballons d’oxygènes sont placés dans les PC, postes de secours et abris importants (5 obus et 18 ballons dans les positions d’artillerie). 566 pulvérisateurs Vermorel et 355 cuves d’eau hyposulfitées sont répartis dans les tranchées, boyaux, abris, postes de secours… (111 pulvérisateurs et 41 cuves sur les positions d’artillerie). Les différents sous-secteurs sont équipés d’appareils avertisseurs divers (les positions d’artillerie disposant d’1 girouette, de 2 douilles de 75, de 15 klaxons, d’1 avertisseur diurne, d’1 sirène et de 21 voyants…) enfin 4 cloches (cloches d’église) sont disposées pour répéter les signaux de l’avant dont une positionnée tranchée de Calonne près du poste de secours (cf. Album p. 140).

Le 15 novembre est opérée une nouvelle organisation du service de protection contre les gaz. Un officier par groupe de batterie est désigné pour assurer l’entretien du matériel, les médecins conservant l’instruction de la troupe. Ils encadrent ainsi les exercices d’alerte et de mise en place rapide des protections régulièrement mis en place dans l’ensemble des unités (30 septembre 15 octobre, 5, 15, 20 et 30 novembre, 18 décembre, 17 et 28 janvier pour l’AD5). Le service divisionnaire encadre parallèlement des exercices de passage en chambre chlorée. Le 43e RAC effectue ces manœuvres à deux reprises au cours de la deuxième quinzaine de décembre, puis au cours de la première quinzaine de mars, cette dernière se déroulant dans la période intermédiaire entre sa relève et son départ définitif du secteur.

 

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Le Journal de marche illustré HD